Ecouter est la base.

Sans écoute on passe à côté de l'essentiel.
Parfois, j’ai le réflexe de jeter directement ➠ à la poubelle certaines demandes d’aide.
Des messages mal formulés.
Ni “bonjour”. Ni “merci”. Des fautes. Des phrases trop directes.
« Tu DOIS m’aider, je veux de la farine. »
« Envoie-moi 5000 CFA pour manger. »
« Ton ONG doit aider mintenan le vilage. »
Et ma première réaction, souvent, c’est :
Je ne suis pas une banque.
Sois poli.
Je ne te connais pas.
Puis avec le temps, j’ai appris à regarder plus loin que les mots.
Parce qu’il y a au moins trois choses essentielles que nous oublions souvent quand nous recevons ce type de messages.
➜ La première, c’est la langue.
Ces personnes essaient parfois de s’exprimer en français… Un français imparfait, maladroit, approximatif.
Mais au fond, ai-je moi-même fais l’effort d’apprendre leur langue ? Non.
Au Burkina Faso, par exemple dans les villages, beaucoup parlent mooré, dioula, fulfuldé ou d’autres langues locales avant le français.
Le français n’est pas toujours la langue du cœur, ni celle du quotidien. Alors forcément, les mots ne sortent pas comme chez nous.
➜La deuxième chose, c’est le décalage culturel.
En France, on apprend très tôt à formuler une demande avec des codes précis.
Dans d’autres cultures, surtout quand la vie est difficile, la communication est souvent plus directe, plus brute, plus urgente.
Ce n’est pas forcément de l’impolitesse.
C’est une autre manière de parler.
Une autre manière de demander.
➜ Et puis il y a le troisième élément : l’urgence.
Quand quelqu’un a faim, quand un parent ne sait plus comment nourrir ses enfants, quand un village manque d’eau ou qu’une femme marche des kilomètres pour remplir un bidon…
La priorité n’est pas toujours de rédiger un message parfait.
Le stress, la fatigue, la peur, l’humiliation parfois…
Tout cela enlève les formes.
Alors aujourd’hui, avant de juger la manière dont une personne écrit, j’essaie de me demander :
“Qu’est-ce qu’elle est en train de vivre pour m’écrire comme ça ?”
Cela ne veut pas dire qu’il faut tout accepter.
Cela ne veut pas dire qu’il faut répondre oui à tout.
Mais simplement se rappeler que derrière des phrases maladroites, il y a une détresse bien réelle.

