Frais de fonctionnement

Pourquoi financer les frais de fonctionnement d'une association est indispensable à son impact ?
Pourquoi financer les frais de fonctionnement d'une association est indispensable à son impact
« Certainement pas, nous ne financerons pas cela. »
Cette phrase, je l'ai entendue lors d'un rendez-vous avec une fondation.
Elle ne parlait ni d'un forage, ni d'un jardin maraîcher, ni d'un programme de lutte contre la malnutrition.
Elle parlait de nos frais de fonctionnement.
Et, comme souvent, ils étaient considérés comme des dépenses secondaires.
Presque suspectes.
Comme si une association pouvait fonctionner sans organisation, sans outils, sans déplacements et sans gestion.
Cette vision est encore très répandue dans le monde de la philanthropie.
Et pourtant, elle est l'un des principaux freins au développement des associations.
Parce qu'une vérité dérange souvent :
les projets n'existent que parce qu'il existe une structure capable de les concevoir, de les financer, de les suivre et d'en mesurer les résultats.
Le plus beau projet du monde ne démarre jamais tout seul.
Lorsque vous voyez une photo d'un jardin maraîcher au Burkina Faso…
Vous voyez des légumes.
Nous voyons plusieurs mois de travail.
Avant que la première graine soit plantée, il a fallu :
identifier les besoins avec les communautés ; rencontrer les autorités locales ; réaliser un diagnostic socio-économique ; construire un budget ; rédiger un dossier de financement ; convaincre des fondations et des entreprises ; négocier avec les partenaires ; acheter le matériel ; organiser la logistique ; suivre les travaux ;
former les bénéficiaires ; mettre en place des indicateurs d'impact ; assurer le suivi pendant plusieurs mois.
Aucune de ces étapes n'apparaît sur les photographies.
Pourtant, sans elles…
Le jardin n'existerait jamais.
Chez Tamounte, nous faisons déjà le maximum pour limiter nos coûts
Depuis plus de vingt ans, l'ONG Tamounte agit avec une obsession : consacrer le maximum des ressources aux bénéficiaires.
Nous sommes une petite structure.
Une grande partie de notre travail est réalisée bénévolement.
Nous utilisons souvent :
nos ordinateurs personnels ; nos téléphones ; nos abonnements Internet ; nos véhicules ; notre carburant ;
parfois même nos bureaux.
Nous réduisons chaque dépense au strict nécessaire.
Parce que chaque euro économisé peut être investi dans nos projets de développement durable, d'accès à l'eau potable, de sécurité alimentaire, de formation des femmes ou de création d'activités génératrices de revenus.
Mais il existe une limite.
Certaines dépenses ne peuvent pas disparaître.
Parce qu'elles sont indispensables.
Les frais de fonctionnement ne sont pas des frais de confort
Beaucoup imaginent qu'ils financent des bureaux luxueux.
La réalité est bien différente.
Les frais de fonctionnement d'une ONG servent notamment à financer :
un billet de train pour rencontrer une fondation ou un partenaire ;
un vol pour assurer le suivi d'un projet au Burkina Faso ou au Maroc ; une nuit d'hôtel lors d'une mission de terrain ; un logiciel de comptabilité ou de gestion de projet ; une assurance ; un expert-comptable ;
des frais bancaires ; un abonnement téléphonique ; des outils de visioconférence ; un site Internet sécurisé ;
l'hébergement des données ; la cybersécurité ; les audits exigés par certains bailleurs ; les traductions de dossiers internationaux ; les frais administratifs indispensables à l'obtention de financements.
Aucun de ces éléments n'est visible.
Pourtant, chacun d'eux permet aux projets d'exister.
Une association est aussi une organisation
Aujourd'hui, les exigences envers les associations n'ont jamais été aussi élevées.
Et c'est une bonne chose.
Les donateurs souhaitent connaître l'utilisation de leur argent.
Les entreprises veulent mesurer leur impact social.
Les fondations exigent des résultats.
Les collectivités demandent des évaluations.
Nous partageons pleinement cette exigence.
Chez Tamounte, nous produisons : des budgets détaillés ; des indicateurs de performance ; des rapports narratifs et financiers ; des tableaux de bord ; des évaluations d'impact ; des justificatifs de dépenses ; des suivis de bénéficiaires ; des reportings réguliers.
Tout cela garantit la transparence.
Mais tout cela demande également du temps.
Et donc des moyens.
La réalité d'une journée à Tamounte
Lorsque je travaille sur un projet au Burkina Faso, je ne passe pas mes journées à visiter les villages.
Je passe aussi énormément de temps devant mon ordinateur.
Je rédige des appels à projets.
Je recherche des financements.
Je réponds aux questions des bailleurs.
Je prépare des budgets.
Je vérifie des devis.
Je construis des indicateurs.
Je relis des conventions.
Je participe à des réunions.
Je coordonne nos équipes locales.
Je collecte des données auprès de Madina Kapieko, notre nutritionniste, et Arnaud Gnamou, notre responsable WASH, pour démontrer l'impact de nos actions.
Ce travail est invisible.
Mais sans lui…
Aucun financement n'arrive.
Le paradoxe de la philanthropie
En analysant les dons reçus par Tamounte, j'ai constaté une réalité surprenante.
À peine 15 % de nos donateurs acceptent de financer nos frais de fonctionnement.
Les 85 % restants préfèrent financer exclusivement les projets.
Je comprends cette réaction.
Elle part d'une excellente intention.
Le donateur veut que son argent aille « directement sur le terrain ».
Mais cette opposition entre terrain et fonctionnement est en réalité artificielle.
Parce que le terrain ne fonctionne pas sans organisation.
Un projet n'apparaît pas par magie.
Il faut quelqu'un pour le concevoir.
Le financer.
Le piloter.
Le contrôler.
L'évaluer.
Le sécuriser.
Peut-on demander à une entreprise de fonctionner sans frais ?
Posons-nous une autre question.
Demanderiez-vous à une entreprise de travailler :
sans payer son comptable ? sans assurance ? sans ordinateur ? sans connexion Internet ? sans logiciel ?
sans frais de déplacement ? sans électricité ?
Bien sûr que non.
Pourquoi alors demander aux associations d'être aussi professionnelles qu'une entreprise…
Sans accepter de financer les outils qui rendent ce professionnalisme possible ?
Nous voulons des ONG transparentes.
Des ONG efficaces.
Des ONG capables de mesurer leur impact.
Des ONG capables de répondre rapidement aux crises.
Mais tout cela a un coût.
Financer le fonctionnement, c'est financer l'impact
Lorsque vous acceptez qu'une partie de votre don finance le fonctionnement de Tamounte…
Vous ne financez pas des « frais ».
Vous financez :
la recherche de nouveaux financements qui permettront d'aider davantage de familles ;
le suivi des projets sur le terrain ; la formation de nos équipes ; la transparence financière ; les évaluations d'impact ; les contrôles qualité ; la sécurité des fonds confiés par les donateurs ; la pérennité de notre action.
Autrement dit…
Vous financez la capacité de Tamounte à agir durablement.
Exemple concret : le programme RENAÎTRE au Burkina Faso
Aujourd'hui, Tamounte accompagne des femmes déplacées internes au Burkina Faso dans le cadre du programme RENAÎTRE.
L'objectif est clair.
Leur permettre de retrouver leur autonomie économique grâce à une approche globale :
accès à une parcelle cultivable ; irrigation ; sécurité alimentaire ; formation professionnelle ; tissage ;
fabrication de savon ; coiffure ; transformation alimentaire ; accompagnement entrepreneurial ; suivi après la création de leur activité.
Lorsque vous voyez une femme devant son métier à tisser, vous voyez un équipement.
Nous voyons des centaines d'heures de préparation.
Des dossiers de financement.
Des réunions.
Des budgets.
Des appels.
Des déplacements.
Des formations.
Des comptes rendus.
Des évaluations.
Sans cette organisation…
Cette femme n'aurait jamais reçu son matériel.
Le fonctionnement est un investissement, pas une perte.
Une association qui passe son temps à chercher comment payer son assurance, son comptable ou ses frais de déplacement consacre moins de temps aux personnes qu'elle accompagne.
À l'inverse, une association dont les frais de fonctionnement sont sécurisés peut :
répondre plus rapidement aux urgences ; développer davantage de projets ; mieux accompagner les bénéficiaires ; renforcer ses partenariats ; innover ; mesurer son impact avec plus de rigueur.
Le fonctionnement est donc un multiplicateur d'impact.
Pas un centre de coût.
Derrière chaque projet, il y a une organisation
Chez Tamounte, nous continuerons à limiter nos dépenses.
Nous continuerons à privilégier le bénévolat lorsque cela est possible.
Nous continuerons à utiliser nos propres moyens.
Mais nous continuerons aussi à expliquer une réalité souvent méconnue.
Une association ne fonctionne pas grâce à la magie.
Elle fonctionne grâce à des femmes et des hommes qui consacrent leur temps, leurs compétences, leur énergie et des moyens matériels pour transformer des idées en projets concrets.
Alors, la prochaine fois que vous ferez un don, posez-vous une question différente.
Voulez-vous financer uniquement une action… ou souhaitez-vous donner à une association les moyens d'en mener des dizaines d'autres demain ?
Parce qu'au fond, financer le fonctionnement d'une ONG, ce n'est pas financer des charges.
C'est financer sa capacité à changer durablement des vies.

