Tamounte

L'accès à l’eau en milieu rural.

L'accès à l’eau en milieu rural.
Valérie Passeport
Valérie Passeport3 novembre 2026
9 min de lecture

Pourquoi les cartes ne représentent pas le quotidien. L'accés à l'eau est très complexe.

Accès à l’eau en milieu rural : pourquoi les cartes ne représentent pas le quotidien.

Au Maroc comme au Burkina Faso, l’accès à l’eau est une condition essentielle de la sécurité alimentaire, de l’agriculture et de l’autonomie des populations. Depuis plus de 20 ans, l’ONG Tamounte agit sur le terrain pour transformer cette réalité.

Comment donner aux paysans un accès réel à l’eau ?

C’est tout le travail de notre ONG Tamounte.

Sur le terrain, trop de familles n’ont pas accès à une eau disponible toute l’année. Pourtant, lorsqu’on regarde certaines cartes, on pourrait croire que la ressource est à proximité. Un fleuve, une rivière, une montagne : tout semble indiquer que l’eau est là.

Mais une carte ne raconte pas le quotidien.

Ce n’est pas parce qu’un fleuve, une rivière ou une montagne se trouve à proximité d’une parcelle que l’eau est accessible, disponible en quantité suffisante ou potable. Tout dépend de la géologie, de la profondeur des nappes souterraines, des précipitations, de la nature des sols et, surtout, de la gestion de la ressource.

L’eau existe parfois à proximité. Mais elle n’est pas nécessairement accessible là où les populations en ont besoin.

À trois kilomètres du Rhône, mon puits était à sec

Je suis géographe de formation. Et je peux illustrer ce décalage avec une expérience très personnelle.

J’habite à trois kilomètres à vol d’oiseau du Rhône. Pourtant, cet été, mon puits était à sec.

Trois kilomètres d’un grand fleuve, et pas d’eau dans mon puits.

Ce constat résume une réalité que nous rencontrons dans nos projets : la proximité géographique d’une ressource ne garantit ni son accessibilité ni sa disponibilité tout au long de l’année.

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Alors, imaginez la situation dans les territoires où les pluies se raréfient, où les sols se dégradent et où les familles dépendent d’un forage ou d’un puits pour boire, abreuver leurs animaux et cultiver de quoi se nourrir.

L’eau n’est jamais acquise. Et elle n’est jamais « partout ».

Quand le forage ne suffit plus

La situation devient encore plus fragile lorsqu’un village dépend d’un forage peu profond, sans système de pompage adapté ou sans énergie disponible pour faire fonctionner la pompe.

Lorsque le niveau de la nappe baisse, l’accès à l’eau peut devenir impossible. Les conséquences sont immédiates :

  • Les familles rencontrent des difficultés pour accéder à l’eau domestique.

  • Les cultures maraîchères dépérissent faute d’irrigation.

  • Les animaux manquent d’eau.

  • Les récoltes diminuent, fragilisant les revenus et la sécurité alimentaire.

Avoir de l’eau à quelques mètres de profondeur ne signifie pas pouvoir y accéder toute l’année.

Il faut connaître la profondeur de la ressource, comprendre son renouvellement, évaluer les besoins et tenir compte des moyens techniques et financiers dont disposent réellement les habitants.

Un forage, une pompe ou un équipement solaire ne constituent pas, à eux seuls, une solution durable. Il faut également penser à l’entretien, à la disponibilité des pièces, à la formation des utilisateurs et à la gestion collective de la ressource.

Nous ne cherchons pas à installer des équipements pour faire de belles photos. Nous cherchons à rendre un service utile, durable et adapté aux réalités du terrain.

Au Burkina Faso, l’eau est aussi une question de pluie, de sols et d’agriculture

Au Burkina Faso, notre équipe et nos partenaires sont confrontés à ces difficultés.

À Bonyolo, la pompe du village a été abaissée afin de rechercher un accès plus adapté à la ressource. Mais une question fondamentale demeure : que se passe-t-il si les pluies ne permettent pas de reconstituer suffisamment les réserves en eau ?

Une pompe peut faciliter l’accès à une ressource disponible. Elle ne crée pas d’eau.

C’est là que le travail agricole prend toute son importance. Avec Madina, notre approche agroécologique doit permettre de réfléchir au-delà du seul équipement : comment mieux conserver l’eau dans les sols, adapter les cultures, limiter les pertes et améliorer la capacité des parcelles à résister aux périodes sèches ?

Car l’accès à l’eau ne se résume pas à la question du forage. Il faut aussi réfléchir à ce que devient l’eau une fois arrivée dans les champs.

L’eau ne suffit pas : il faut aussi apprendre à la conserver.

Dans les régions soumises à la sécheresse et à la dégradation des sols, chaque goutte compte.

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La gestion durable de l’eau agricole passe aussi par des pratiques adaptées aux conditions locales :

  • Améliorer l’infiltration de l’eau grâce à des aménagements qui ralentissent le ruissellement.

  • Protéger les sols avec des couverts végétaux, du paillage et des pratiques qui limitent l’évaporation.

  • Adapter les cultures aux ressources réellement disponibles, plutôt que de reproduire des modèles agricoles conçus pour d’autres climats.

  • Optimiser l’irrigation, notamment par le goutte-à-goutte lorsque cette technique est pertinente et correctement entretenue.

  • Restaurer les savoir-faire locaux, en échangeant avec les habitants sur les pratiques qui fonctionnaient autrefois et sur les raisons de leur abandon.

Ces pratiques ne remplacent pas une ressource en eau suffisante. Elles permettent, lorsqu’elles sont adaptées au contexte, de mieux valoriser l’eau disponible et de renforcer la résilience des exploitations agricoles.

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C’est précisément cette articulation entre connaissances locales, expertise technique et observation du terrain qui guide notre démarche.

Les cartes donnent des indications. Le terrain donne les réponses.

Pour concevoir un projet d’accès à l’eau, il faut aller au-delà des cartes et des données générales.

Il faut rencontrer les habitants, comprendre leurs usages, observer les parcelles, identifier les ressources disponibles et analyser les contraintes techniques, économiques et environnementales.

Il faut aussi poser les questions qui dérangent parfois : le forage est-il suffisamment productif ? La nappe peut-elle se reconstituer ? Qui paiera l’entretien ? Que se passera-t-il en cas de panne ? Les cultures choisies correspondent-elles aux ressources disponibles ?

Ces questions ne sont pas des détails. Elles déterminent la viabilité du projet.

Depuis plus de vingt ans, l’ONG Tamounte défend une approche fondée sur l’écoute, la coopération et l’adaptation aux réalités locales, au Maroc comme au Burkina Faso.

Nous ne venons pas imposer des solutions toutes faites. Nous travaillons avec les populations et les partenaires locaux pour identifier les réponses les plus pertinentes, en tenant compte des savoirs existants et des contraintes concrètes.

Sans gestion de l’eau, pas de récolte. Sans récolte, pas d’autonomie.

Je résume volontairement de manière simple, mais la réalité est là : sans gestion adaptée de l’eau, les cultures sont compromises. Sans cultures, les récoltes diminuent. Et sans récoltes ni revenus suffisants, les familles perdent une partie de leur capacité à se nourrir et à vivre dignement.

L’accès à l’eau est donc bien plus qu’un enjeu technique. C’est une question de sécurité alimentaire, de développement rural, de résilience climatique et d’autonomie économique.

Il ne s’agit pas seulement d’apporter de l’eau aujourd’hui. Il s’agit de construire les conditions pour qu’elle puisse continuer à répondre aux besoins demain.

Nous finissons tout projet avec l'aprés :

La question centrale : "Et après ?"

C’est la question que tout projet d’accès à l’eau doit se poser avant même de commencer.

Qui assurera la maintenance ? Qui paiera les réparations ? La ressource est-elle durable ?

Chez ONG Tamounte, nous savons qu’un équipement n’est pas une fin en soi.

Le véritable résultat, c’est une solution qui fonctionne dans la durée et permet aux populations de vivre, de produire et de gagner en autonomie.

Alors nous avons mis en place tout un écosystème :

↪️ Former plusieurs habitants aux gestes essentiels de maintenance et de réparation des équipements installés dans le village, leur transmettre des compétences pratiques pour identifier rapidement les pannes et intervenir sur les problèmes simples.
C'est prévoir des formations adaptées au niveau technique des participants, avec des démonstrations directement sur le terrain et mettre à disposition des outils, des notices simples et des consignes d'entretien faciles à comprendre.

↪️ Désigner un habitant volontaire comme référent de la maintenance. Il vérifiera régulièrement les équipements, notera les éventuels problèmes et alertera les personnes compétentes pour intervenir rapidement.

Nommer un référent qui veille à la maintenance est très important.

C'est un vrai responsable qui supervise. Il coordonne les personnes chargées de la maintenance et fait appel à des professionnels si nécessaire. Il veille au bon fonctionnement des équipements et échange régulièrement avec les représentants du village pour résoudre les problèmes

↪️ Créer un fond de maintenance alimenté progressivement par des contributions définies collectivement et adaptées aux moyens des habitants.

Cette cagnotte est un moyen de responsabiliser les bénéficiaires (je n'aime pas ce mot mais ici il prend tout son sens.)
Prévoir les dépenses nécessaires : pièces, outils et interventions techniques.
Définir des règles simples pour utiliser et suivre l’argent collecté.
Désigner un responsable pour gérer la cagnotte et rendre compte régulièrement à la communauté.

La durabilité se prépare en amont. Les utilisateurs doivent comprendre que nous ne pouvons pas rester sur le terrain.

On anticipe en associant les habitants aux décisions dès le début.

La réussite d'un projet est sa durée.

Et plus de vingt après nos premiers coups de pioche, tout est toujours là.

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C’est notre engagement : transformer l’accès à l’eau en solutions concrètes pour les familles, les agriculteurs et les territoires.

Tamounte : des solutions concrètes pour l’eau et l’autonomie des populations

Depuis plus de vingt ans, l’ONG Tamounte construit ces petits morceaux de changement, avec souplesse, exigence et empathie.

Notre travail associe accès à l’eau, agriculture adaptée, valorisation des savoirs locaux et renforcement de l’autonomie. Chaque territoire a ses contraintes. Chaque projet doit donc être pensé à partir de ses ressources, de ses besoins et des capacités de celles et ceux qui le feront vivre.

Nous croyons à un humanitaire mesurable, structuré et ancré dans la réalité.

Parce qu’au bout du projet, il n’y a pas une carte, un forage ou une pompe. Il y a des familles, des terres, des récoltes et des vies.

Vous souhaitez soutenir des projets concrets d’accès à l’eau et de développement rural ?

Échangeons sur les actions de Tamounte au Maroc et au Burkina Faso. Je serai heureuse de vous présenter notre démarche et de vous offrir le livre qui raconte nos aventures de terrain.

Valérie Passeport
Géographe | Experte en développement durable – Sahel
ONG Tamounte

Nous connectons financements et impact terrain : de l’eau, des récoltes, de l’autonomie.

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