Attention à la dictature de la mesure d'impact.

Mesurer l'impact est indispensable. Mais croire que tout l'impact se résume à des KPI est une erreur : derrière chaque indicateur se cachent des vies qui changent, des enfants qui survivent et des femmes qui retrouvent leur autonomie.
Attention à la dictature de la mesure d'impact.
Tout est-il vraiment mesurable ?
Non.
En tout cas, pas dans le développement international.
Et surtout pas uniquement avec vos référentiels d'évaluation.
Je passe des heures à construire des indicateurs d'impact, des tableaux de bord et des KPI pour convaincre les donateurs.
J'embête chaque jour mon équipe de terrain — Madina Kapieko et Arnaud Gnamou — pour collecter des données.
Parce qu'aujourd'hui, une ONG doit prouver son impact.
Et c'est normal.
Mais sur le terrain, la réalité ne parle pas toujours en pourcentages, en ratios ou en tableaux Excel.
Quand je vous dis :
« Bazié n'achète plus de légumes. »
Vous me demandez combien elle économise.
Quel est son revenu.
Quel est le retour sur investissement.
Moi, je vous réponds que cela signifie surtout que la disette a disparu de son foyer.
Qu'elle nourrit enfin sa famille avec sa propre production.
Ce n'est pas un indicateur.
C'est une vie qui bascule.
Quand je vous dis :
« Marie envoie désormais ses filles à l'école. »
Vous me demandez un chiffre.
Pourtant, hier, ces filles travaillaient aux champs pour aider leur famille à survivre.
Aujourd'hui, elles apprennent à lire.
Demain, elles choisiront leur avenir.
Quand je vous dis que, grâce à une farine enrichie, des bébés survivent...
Vous me demandez un tableau Excel.
Moi, je vois simplement des enfants qui ne meurent plus.
Bien sûr qu'il faut mesurer.
Les ONG doivent rendre des comptes.
L'argent des donateurs doit être utilisé avec transparence et efficacité.
Mais gardons-nous de croire que tout ce qui compte se compte.
À force de vouloir tout transformer en KPI, nous risquons d'oublier ce que nous sommes venus chercher sur le terrain : des femmes qui retrouvent leur autonomie, des enfants qui grandissent, des familles qui mangent à leur faim et des villages qui retrouvent leur dignité.
L'impact social ne se résume pas à des chiffres.
L'impact, c'est avant tout de la vie.

